GUIDE DE HAUTE MONTAGNE
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jeudi 16 avril 2015

But Gabarrou Silvy et couloir N direct aux Drus

Avec Nicolas Kalisz, on se rend pour quelques jours dans la capitale. La météo pour le lendemain est plutôt moyenne mais  vu notre timing serré, on attaque direct dans le vif du sujet avec pour objectif la Gabarrou Silvy a l'aiguille sans nom. On part à la première benne des Grands Montets, descente par le couloir d'accès des oreilles de lapins.

Le couloir d'accès
 Alors qu'on attaque, le ciel s’assombrit passablement...

Le bastion du bas, sec mais enneigé...
Dans ces conditions, les deux premières longueurs sont des pentes de neige sans cohésion entrecoupées de quelques ressauts de mixte.


C'est pas très dur mais je sens que le poids du sac va devenir un problème pour peu que ça soit un peu plus grimpant...
On arrive au pied du dièdre emblématique de la voie et la météo c'est carrément dégradée... La largeur de la fissure au fond de ce dièdre parfait va poser problème en dry car elle est trop large pour que les lames se vérouillent ( entre Camalot 0.5 et 1...).


 J'attaque en dulfer, pied à plat. C'est extrêmement physique et dès que je relâche un peu la tension, c'est la reculade... Je suis obligé d'enfoncer la tête des piolets pour que ça coince.


Le problème, c'est que pour pouvoir mettre un friend, je dois me ré axer avec la fissure (problème connu en dulfer...) et en crampons, pas question de se mettre en écart... Une zippette  imprévisible m'éjecte vers le bas et c'est la flopée de jurons habituels !

Je finis par atteindre le relais bien gazé et Nico repart dans la longueur suivante vraiment pas facile et qui là aussi ne se prête pas vraiment au dry...


Il nous reste 3 longueurs (et pas les plus courtes...), la journée est déjà bien avancé, le temps ne s'arrange pas, Nico n'est pas motivé par une arrivé tardive et à l'arrache au bivouac, on est pas bon sur la stratégie sans hissage... Bref, c'est la mort dans l'âme qu'on tire les rappels tant que c'est encore faisable...

On rejoint les Grands Montets, blasé, mais maintenant mieux renseigné sur les stratégies à mettre en place dans cette voie complexe... La prochaine tentative se fera plus tard en saison avec le bas bien sec à parcourir en chausson et du hissage pour profiter de ces belles longueurs quitte à le porter dans les pentes de neiges de la deuxième partie !

Ca commence mal, on vient de loin pour réaliser des rêves et prendre un but ici, c'est pas comme à la maison... Heureusement, après un arrêt chez notre pote Bastiou pyrénéen exilé, on se remotive pour profiter du beau temps et on opte pour le best seller de l’hiver : le couloir nord des Drus version directe.





Après une nuit courte aux grands Montets on profite de la bonne trace reconnue il y a quelques jours et on se retrouve à la rimaye alors qu’il fait toujours nuit. Déjà deux cordées sont au dessus et une autre nous talonne… Welcome to Chamonix !

Les 300 premiers mètres sont vite avalés en corde tendue et nous voilà au pied des difficultés, bloqué derrière nos prédécesseurs.

La ligne est intimidante....
Nico attaque par une première longueur qui comporte une section que même en second, je trouve aléatoire et difficile à protéger. 

Nico attaque L1
J’enchaîne par un joli plaquage plus classique qui nous mène au pied de la grande cheminée. 

L2 de la directe moins dure mais superbe...
La raideur est vraiment impressionnante. Nico avale vite la longueur suivante pourtant vraiment pas facile et c’est à mon tour de partir dans la longueur clef avec sa sortie déversante !
Je suis assez tendu et impressionné… Je grimpe lentement et prends le temps de me protéger correctement. A la fin de la cheminée, je me rétablis sur la fameuse coulée de glace dans une ambiance hallucinante ! Les quelques mètres qui me séparent du relais sont ultra raide et la glace a pas mal souffert des nombreux passages…



Une dernière longueur exposé, plus en neige qu’en glace, nous donne accès au couloir terminal.

Dernière longueur du direct plutôt expo...
On repart à corde tendue pour retrouver le soleil à la brèche.


C’est ma troisième ascension sur cette montagne mais je n’ai jamais réellement foulé le sommet. Cette fois ci, pas question que la vierge m’échappe !


On replonge dans l’ombre pour une série de rappels dans le couloir. La fréquentation de ces derniers temps et les lunules en place nous permet de rejoindre la rimaye en moins de 2 h.


Dernier rappel pour passer la rimaye
On profite des derniers rayons du soleil et reprenons quelques forces avant d’attaquer la pénible remontée aux Grands Montets. 

vendredi 10 octobre 2014

Chamonix ice trip

Difficile, en ces 15 premiers jours de septembre, d'ignorer les excellentes conditions qui règnent dans la face nord des grandes Jorasses ! Je suis bloqué à la maison, et reçois 3 textos par jours des copains qui enchainent les voies à une vitesse vertigineuse...

Mais l'automne en est qu'à son début et avec Charles, on se dit qu'on aura notre revanche !

Première tentative fin Septembre où on se fait piéger par une météo qui change au dernier moment et 1500 Km parcourus en 2 jours... Ca fait cher la soirée avec les copains chamoniards !

On a de nouveau une dispo et la météo à l'air favorable même si les conditions dans la face ne sont plus vraiment les mêmes... On peut partir le vendredi, le samedi est annoncé beau et le dimanche vraiment pas terrible... Notre projet de faire une voie sur 2 jours s’évanouit mais la motivation étant là, on décide de jouer sur cette journée de beau en faisant une "classique" à la journée.

Départ à 7h de la maison, 7h de route plus tard on arrive à Cham, montée par le plan de l'aiguille pour cause de Montenvers  fermé, arrivée au refuge à 20h, couché à 22h et levé 00h30... Ouf, on va finir par le payer, c'est sûr !!!

On était 14 au refuge et lors de l'approche sur le glacier, les cordées se dirigent vers leurs objectifs. Partis les derniers, on veut surtout faire une voie où on sera seuls. Il y a déjà deux cordées de 3 au pied des "Mc Intyre". Pika, Louison et leur client Karl partent dans "la Belle Hélène", un couple qui va dans "les Slovènes" mais personne dans la Polonaise et ces variantes.

On passe la rimaye facilement, et de nuit, on remonte les 400 premiers mètres dans des pentes neigeuses plutôt barbantes avec peu de possibilité de protections...



Le jour se lève, on laisse continuer devant mes deux collègues et on met le clignotant à gauche vers une série de plaquages suspendus.



Il semblerait qu'on soit passé par la variante "Michto" avec une longueur clef un peu psychologique qui avait bien reçu le chaud, suite au fort vent de foehn de la semaine précédente...


Le placage creux de Michto au dessus de Charles

Passé cette longueur quand même sympa, c'est la déception avec de nouveaux des rampes de glace à 60 degrés ennuyeuses au possible...

On passe l'arête sommitale 10 heures après notre départ mais je suis vraiment déçu par cette voie qui ne présente que peu d'intérêt... Il faut l'avouer, je pense aussi que mes mollets encore un peu frêles (c'est sûr, ça me change des exercices de chez le kiné !) ne m'ont sûrement pas aidé à apprécier cette journée pas franchement palpitante grimpistiquement parlant !

Bien content d'être arrivé !
Ca ne sera pas mon plus beau souvenir dans les grandes Jo mais pour le coup, j'ai vraiment apprécié la descente que j'ai trouvé belle et variée...

Après une journée de repos, l'envie de retourner en montagne se fait sentir. On pensait retourner aux Jorasses mais un foehn très fort en altitude (80 à 100 Km/h à 4000 m) nous en dissuade...
Il faut qu'on se trouve une course moins engagée ou le vent ne rendra pas les choses impossible !

Je rêve depuis mon adolescence de ce trait de glace parfait entre 2 murailles de granit : Le supercouloir du Tacul !


On prend le téléphérique de  l'aiguille dont la cabine aura un peu de mal à rentrer en gare sous les rafales. La descente et l'accès à l'abri Simond se font dans une ambiance hivernale mais nous sommes chaleureusement accueillis par 4 espagnols adorables !



Arrivé au pied de l'attaque directe on est un peu dubitatif... Des coulées incessantes ont plâtré les 2 premières longueurs d'une neige inconsistante...


On sait que ça ne va pas être facile à grimper (et surtout à protéger...) mais la ligne est trop attirante !


Je m'élance dans L1 qui nous rappelle des souvenirs écossais sauf que là c'est bien trop mou pour ancrer mes Coyottes...


La grimpe est psychologiquement très éprouvante et après 1h30 de combat et de nombreux "fais gaffe" je finis par faire un bon relais.




Charles me rejoins sous les coulées et savoure en second le côté aléatoire de cette escalade...




Il repart en tête dans la longueur suivante qui contrairement au topo, s'avèrera moins dure et plus plaisante...



Il règle vite l'affaire et je m'efforce de ne pas trainer car les coulées sont de plus en plus lourdes ! C'est l'occasion de tester la nouvelle veste "Alpinism Man" et un surpantalon "made in Simond"qui sortira d'ici le début d'hiver !

Sortie "la casquette un peu de travers"
Là oui, on est plus dans notre élément avec des longueurs qui grimpent et qui nous tirent plus sur les bras que sur les jambes !

La suite est vraiment incroyablement belle et conforme à toutes ces photos qui m'ont tant fait rêver !




L’esthétisme de la ligne est magnifique et la grimpe dans cette glace bleutée jouissive !


On fait de grandes longueurs de 100 m avec de la corde tendue jusqu'à arriver à la fin des difficultés et au dernier relais chaîné qui permet de descendre en rappel dans la voie.




La suite bien que plus facile est réputée longue. Et je dirais même qu'on a trouvé ça trèèèèès long...


Pas vraiment dur, mais complexe avec une sortie qui se rapproche lentement, mais qui n'arrive jamais...




Le jour décline mais le sommet est proche. Le vent, dont nous avions plutôt été bien protégé jusque là devient de plus en plus présent.


 

Le sommet du Tacul est atteint à la nuit, 12 h après avoir passé la rimaye. Pour le coup, on a vraiment trouvé la voie majeure et incroyablement belle ! Vraiment un incontournable du massif !

Finalement, on s'en tire pas trop mal avec nos 5 jours sur place, 2 voies et 2000 m de glace !